9 janvier ~ L’enfant qui commence à marcher

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Je peux éprouver du plaisir à faire le désordre

Dans la maison de mon enfance, la propreté était posée sur le piédestal de la bonté; ainsi, le désordre était mal jugé. Je n’avais pas le droit de jouer dans le sable, de faire des pâtés de boue, de me tacher de gouache, d’essuyer mes doigts sales sur mes vêtements. Que Dieu me soit venu en aide si j’avais le malheur de traîner de la saleté dans la maison ! Très tôt j’ai appris à être un bon enfant; il suffisait de rester propre. De ne pas répandre le désordre.

Mon Enfant intérieur éprouve le besoin de connaître la douce sensation de la boue entre ses mains, de voir des morceaux de boue séchée entre ses orteils. Il a besoin de savoir qu’il vient de la terre.

Aujourd’hui je laisserai cet enfant de deux ans connaître la joie de la saleté et du désordre. J’enfilerai peut-être de vieux vêtements et j’irai m’ébattre en forêt. Ou je m’agenouillerai peut-être dans le jardin. J’aime la sensation de la terre fraîche sur ma peau, son odeur terreuse. Peu importe l’activité que je choisirai, je sentirai que j’appartiens à la terre.

texte : Rokelle Lerner, L'Enfant intérieur - Un jour à la fois, Ed. Modus Vivendi, 1994
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